Marcel Amont : La gloire, l’oubli et le destin tragique du prince déchu du music-hall français

Có thể là hình ảnh về một hoặc nhiều người

Le rideau est tombé définitivement le 8 mars 2023, emportant avec lui l’un des derniers géants d’une époque où le music-hall était roi. Marcel Amont, l’homme à l’énergie inépuisable, au sourire élastique et aux succès planétaires comme “Bleu, blanc, blond”, s’est éteint à l’âge de 93 ans. Mais derrière l’image du divertisseur infatigable qui a fait rire et chanter des millions de Français, se cache une réalité beaucoup plus sombre : celle d’une star immense qui a dû apprendre à vivre dans l’ombre d’un public qui l’avait, en partie, oublié. Son parcours est celui d’une ascension fulgurante, d’une chute silencieuse et d’une dignité maintenue jusqu’au dernier souffle, entre les paillettes de Paris et la terre de ses ancêtres béarnais.

Tout commence par une ambition farouche. Né à Bordeaux en 1929 de parents immigrés de la vallée d’Aspe, Marcel Miramont n’était pas destiné aux projecteurs. Ses parents, cheminot et infirmière, lui inculquent le goût du travail et de la discipline. Pourtant, le jeune homme préfère imiter ses professeurs et écouter le jazz à la radio. En 1951, il monte à Paris avec une valise et un saxophone, sans savoir que la capitale sera à la fois son plus grand triomphe et sa plus grande douleur. Il mange le “pain amer” des débuts, se produisant dans des cabarets où le bruit des assiettes couvre sa voix. Mais le destin bascule en 1956 lorsqu’il assure la première partie d’Édith Piaf à l’Olympia. En cinq semaines, il devient une révélation nationale. Le nom de “Marcel Amont” commence à briller en lettres de feu sur les boulevards.

Les années 60 sont celles de la consécration totale. Il vend plus de disques que Charles Aznavour, remplit Bobino pendant cent soirs consécutifs et enchaîne les tubes. Il est partout, de la télévision aux couvertures de magazines. Pourtant, cette gloire cache une fragilité qu’il a découverte très tôt. À 25 ans, une pleurésie sévère manque de l’emporter. Cette proximité avec la mort forge en lui une discipline de fer : pas d’excès, pas de cigarettes, peu d’alcool. “Si j’avais vécu comme Johnny, je serais mort depuis les années 80”, glissait-il avec une ironie mordante. Cette hygiène de vie lui permettra de durer, mais elle ne pourra rien contre le changement des modes.

Au début des années 70, la vague Yéyé balaie tout sur son passage. Marcel Amont, avec ses chansons à texte et son style chorégraphié, est soudain jugé “démodé”. En 1975, il monte une comédie musicale ambitieuse, “Pourquoi tu chanterais pas ?”. Le verdict est cruel : les critiques sont bonnes, mais les salles restent vides. “Personne n’est venu”, avouera-t-il plus tard, le cœur serré. C’est le début d’un long effacement. La télévision ne l’appelle plus, les radios se taisent. Celui qui était le “Danny Kaye français” se retrouve à chanter dans des fêtes de village ou sur des bateaux de croisière. Pour un artiste de sa stature, cette descente aux enfers médiatique est une blessure narcissique immense. Il décrit cette période comme “une lente disparition de l’identité publique”.

Sa vie privée n’échappe pas aux tourments de la célébrité. Son premier mariage avec Tamara, une pianiste russe, ne résiste pas au rythme effréné des tournées. Puis vient sa relation très médiatisée avec Alice Kessler, l’une des célèbres jumelles Kessler. Ils sont le “couple doré” des magazines, mais la relation manque de profondeur. Ce n’est qu’au milieu des années 70 qu’il trouve son ancrage définitif auprès de Marlène Laborde. Elle sera sa femme, son agent, sa protectrice et celle qui gérera avec une main de fer les années de vaches maigres. Ensemble, ils auront deux enfants, dont Mathias, qui deviendra son plus proche collaborateur et l’aidera à écrire ses mémoires, “Les coulisses de ma vie”.

Dans ce livre poignant, Marcel Amont livre ses vérités sur ce qu’il appelle “l’effacement”. Il raconte la douleur de passer devant des théâtres qu’il a autrefois remplis sans être reconnu par les jeunes générations. “L’oubli n’est pas l’opposé de la célébrité, c’est son ombre”, écrivait-il. Mais au lieu de sombrer dans l’aigreur, il choisit de se réinventer. En 2006, il surprend tout le monde avec l’album “Décalage horaire”, collaborant avec Agnès Jaoui et Gérard Darmon. Il prouve que sa voix, bien que marquée par le temps, a gagné en profondeur et en émotion. Il revient à l’Olympia, soixante ans après ses débuts, pour une ovation qui sonne comme une rédemption.

Les dernières années de sa vie sont marquées par une sérénité retrouvée. Il quitte Paris pour Saint-Cloud, se rapprochant de sa famille et de ses rituels simples. Il n’a plus besoin des foules pour se sentir exister. Sa mort, le 8 mars 2023, est survenue dans le calme de son foyer. Ses obsèques ont été célébrées dans l’intimité, loin du fracas médiatique qu’il avait tant connu. Mais le moment le plus symbolique de son adieu a eu lieu quelques mois plus tard, dans la petite chapelle de Borce, au cœur des Pyrénées. C’est là, sur la terre de ses ancêtres, entouré des gens de la montagne et de ses proches, qu’il a reçu sa toute dernière ovation.

Marcel Amont laisse derrière lui l’image d’un homme qui a traversé le siècle avec une élégance rare. Il a connu les sommets les plus vertigineux et les abîmes de l’indifférence sans jamais perdre sa joie de vivre ni son respect pour le public. Il nous rappelle que la célébrité est éphémère, mais que le talent et la dignité sont éternels. Il n’était pas seulement un chanteur de variétés ; il était un poète du mouvement, un artisan de l’émotion qui a su, même dans le silence, continuer de faire battre le cœur de ceux qui l’aimaient. Sa vie tragique et magnifique est le témoignage vibrant d’un artiste qui, jusqu’au bout, a préféré la vérité de la scène aux faux-semblants de la gloire.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button

Adblock Detected

Please consider supporting us by disabling your ad blocker